Archive pour avril 2009

La bande-son du pavillon Ballard

Je n’ai pas lu une seule ligne de J.G. Ballard, décédé ce dimanche, mais j’ai écouté pas mal de ses disques. Un petit tour sur l’index de l’indispensable somme post-punk Rip it up and start again, de Simon Reynolds, suffit en effet pour comprendre l’impact du personnage sur la culture pop, l’auteur écrivant notamment que « la musique de Père Ubu et Joy Division capturait la beauté livide toute ballardienne de leur ville d’origine ». Ses livres ont, en vrac, inspiré des chansons (« Atrocity Exhibition » de Joy Division, « Blind Youth » de The Human League, « Warm Leatherette » de The Normal), des albums (Myths of the Near Future, des Klaxons), des noms de groupe (les Comsat Angels, de Sheffield), des pochettes de disques (celle du single « P-Machinery », de Propaganda, reproduit une citation élogieuse de Ballard sur la bande à Baader)… Autant de filtres qui permettent, sans avoir lu une ligne de ses livres, de faire semblant de les connaître, et d’avoir à disposition quelques adjectifs sous la main (mécanique, froid, oppressant, perturbant…) pour en parler. Les bons songwriters aimant beaucoup les bons livres, on peut aussi survoler Albert Camus chez les Cure, Francis Scott Fitzgerald dans Divine Comedy ou Mikhaïl Boulgakov grâce aux Stones : pour flamber sur un auteur sans l’avoir lu, le rock reste quand même plus sympa que le Lagarde & Michard ou les « profils d’une œuvre ».

First we take Miami

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Entre concerts français à venir et sortie d’un album live, on parle pas mal de Leonard Cohen en ce moment. L’occasion de se rappeler que l’homme le plus classe du monde, repris par pléthore de gens stylés (Ian McCulloch, John Cale…) et récipiendaire de ce qui est sans doute une des dédicaces de chansons les plus élégantes de l’histoire (« This is a song about marriage, it’s called Isis. This one’s for Leonard, if he’s still here »), a aussi eu ses moments d’égarement – ou de récréation. Notamment son apparition dans Miami Vice.

Oui, Miami Vice, la série qui a tant fait pour le chic vestimentaire eighties, avec ses personnages aux costards bleus pâle manches retroussées, chemises roses et mocassins blancs. En 1986, on propose à Cohen d’y interpréter le court rôle de François Zolan, un chef d’Interpol. « Un de mes péchés », avouera-t-il dans une interview. « J’ai été invité à faire un cameo; j’avais refusé plusieurs fois mais mes enfants qui avaient 8 et 10 ans à l’époque, ont su que je refusais, et m’ont accusé d’inhiber leur vie sociale… (Rires) J’avais un rôle assez important mais à la première scène, après quelques mots, ils ont préféré donner mon texte à quelqu’un d’autre… ».

Rien d’étonnant à cela, tant Cohen paraît figé et plutôt déplacé dans ces quelques secondes. Au milieu du gué : c’est l’époque où, après une série de disques beaux mais mal compris (Death of a Ladies’ Man, Recent Songs, Various Positions), il se tourne de plus en plus vers des arrangements de kermesse synthétique et ne craint définitivement plus le ridicule, comme en témoigne cette apparition bien kitsch dans un show allemand. Un an après Miami Vice, Cohen enregistrera son chef d’oeuvre tout-synthétique « First We Take Manhattan », dont les paroles acides entrent étrangement en résonance avec ce second rôle sur fond de morphine : « I don’t like your fashion business mister/And I don’t like these drugs that keep you thin ».


Everyday I Write The Book



Je suis l'auteur de Brit Pulp. La britpop selon Pulp, de Thatcher à Blair, un livre sur Pulp et la culture pop britannique de la fin des années 70 à nos jours. Vous pouvez l'acheter chez la Fnac, sur Amazon Marketplace, sur Alapage, sur le site des Cahiers du Rock et sur celui de l'Irma.

Explicit Lyrics

"My week beats your year" (Lou Reed, notes de pochette de Metal Machine Music)

My My Hey Hey

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