Ombres sur l’Hudson

The Individuals – White (MP3)

The Bongos – In The Congo (MP3)

Au milieu coule une rivière, et cela change tout. D’un côté de l’Hudson, la grande ville, les grattes-ciels, le stupre et les poètes. De l’autre, la banlieue, l’anonymat et l’ennui. Vérifiez : dans n’importe quelle série télévisée se passant à New York, les personnages finiront toujours par lâcher une vanne acide sur le New Jersey et ses habitants, ces cousins de province honteux. « Pourquoi les New-Yorkais sont-ils si déprimés ? Parce que la lumière au bout du tunnel, c’est le New Jersey », dit une blague répandue dans la Grosse Pomme.

Heureusement, les ploucs ont parfois leur moment de revanche, voire de grâce. De 1980 à 1982, Hoboken, 40.000 habitants à la louche, devint une petite New-York qui, loin des grands disques de rupture de la décennie précédente (New York Dolls, Television…), laissa à la postérité une poignée de chefs-d’oeuvre modestes aux caractéristiques communes : une voix blanche sans grande personnalité, des guitares cinglantes, une rythmique élastique, un romantisme sec et pâlot. L’oeuvre d’une génération joliment portraiturée par Glenn Morrow, une figure historique de la scène locale :

Nous faisions partie d’un réseau étroit de musiciens, collègues et colocs dont les paroles et les accords de guitares tissaient une communauté soudée. Nous étions amoureux du monde moderne et des possibilités infinies offertes par trois accords de guitares. Nous étions les enfants du Velvet Underground – des gamins des banlieues attirés en ville par la scène du CBGB. Nous puisions dans le détachement warholien des Talking Heads et les guitares transcendantes de Television. De l’autre côté de l’Hudson, nous avions trouvé, temporairement, un paradis à Hoboken.

Au club Maxwell’s se réunissent alors dans le souvenir des grands frères des Feelies une poignée de groupes qui vont façonner le Hoboken Sound, qui fera assez vite l’objet d’un documentaire : les Individuals, le groupe de Morrow (sans doute pas le meilleur, mais un des plus éclectiques, comme en témoigne « White », extrait de l’album Fields, récemment réédité), les géniaux dB’s mais aussi les Bongos. Leur Drums Along The Hudson (ce titre, déjà !) est, avec le Crazy Rhythms des Feelies et le Stand for Decibels des dB’s, le chef-d’oeuvre de cette période. Même goût des percussions tribales, même guitares qui, dès « In The Congo », prennent les jambes à leurs cordes le souffle court, même look de boys next door – loin, décidément, des poètes glamours new-yorkais de la décennie précédente.

Malheureusement, Tintin pour les Bongos, ce rock en culotte de golf, cheveux courts et houppette ne fera pas vraiment recette. La « ligne claire » sacrera bien, dès l’année suivante, un jeune groupe, mais celui-ci sera distant de plusieurs centaines de kilomètres : les Géorgiens de R.E.M. et leur Murmur. La scène de Hoboken, elle, préférerait chantonner à tue-tête, en éternelle adolescente.

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Je suis l'auteur de Brit Pulp. La britpop selon Pulp, de Thatcher à Blair, un livre sur Pulp et la culture pop britannique de la fin des années 70 à nos jours. Vous pouvez l'acheter chez la Fnac, sur Amazon Marketplace, sur Alapage, sur le site des Cahiers du Rock et sur celui de l'Irma.

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